Certaines architectures n'ont pas besoin d'être remplacées
Quai Paul van Hoegaerden, rive gauche de la Meuse : 85 mètres de béton brut sortis de terre entre 1967 et 1970 par les architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme. Pendant près d'une décennie, la Kennedy est la tour la plus haute de Liège — l'expression la plus aboutie du brutalisme en centre-ville. Depuis cinquante ans, elle dessine la silhouette de la ville. Trop souvent, la réponse apportée à ce patrimoine consiste à masquer le béton sous une nouvelle façade, ou plus radicalement, à démolir. Nous pensons qu'il existe une autre voie.

Réparer avant de recouvrir
En juin 2024, un incendie a coûté la vie à trois habitants et révélé, avec la plus grande dureté, ce que cette tour n'avait jamais eu : des issues lisibles, des circulations redondantes, une sécurité pensée pour son époque plutôt que pour la nôtre. Notre proposition ne masque pas cette histoire, elle y répond. Le béton reste entièrement visible — il constitue le socle du projet. La silhouette est conservée, les proportions demeurent inchangées. L'identité brutaliste n'est jamais effacée : elle devient le point de départ d'une structure enfin sûre.

crédit photo BEGA

Une seconde peau, habitée
Autour de l'ossature existante vient s'enrouler une exostructure légère en acier, inspirée autant du patrimoine sidérurgique liégeois que des paysages de la vallée de la Meuse. Plus qu'une façade, elle devient un support de vie : larges balcons, jardins d'hiver, loggias protégées, terrasses suspendues, végétation intégrée — et de nouvelles voies d'évacuation à l'air libre, redondantes par construction. À intervalles réguliers, la structure s'élargit pour former des jardins communs et des terrasses partagées ; quelques percées ponctuelles dans le bâti existant créent des poches respirantes, davantage de lumière, de nouveaux usages collectifs. Les circulations verticales quittent leur simple fonction technique pour devenir une promenade extérieure — l'esprit des ruelles et des escaliers qui composent les quartiers construits à flanc de coteau.

Redevenir une adresse
Le rez-de-chaussée est entièrement réinventé : transparent, traversant, ouvert sur la Meuse — commerces de proximité, café, locaux vélos, espaces publics. La tour cesse d'être un objet isolé pour redevenir un morceau de ville. Même son couronnement reste fidèle à cette retenue : aucun geste iconique. La structure métallique s'allège en s'élevant, ses montants se prolongent à hauteurs variables, comme une trame qui se dissout dans le ciel — sans jamais ajouter de couronne artificielle.

Une conviction, pas un style
Démolir est facile. Recouvrir est paresseux. Conserver une structure existante, c'est aussi économiser une quantité considérable de carbone et d'énergie grise — souvent le geste le plus responsable que puisse produire l'architecture contemporaine. Mais au-delà des performances, cette proposition défend une idée plus simple : le patrimoine du XXᵉ siècle n'est pas obsolète, il est parfois incomplet. Chez Studio BEGA, nous ne cherchons pas à produire des objets iconiques. Nous cherchons à révéler le potentiel de ce qui existe déjà — et à ne jamais transformer un lieu sans d'abord comprendre ce qu'il a traversé.

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